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Pieter Potters, Head of Product, sur le développement du Kanzo Fast 2.0 : « C’est l’expression ultime de ce que nous pouvons faire aujourd’hui en gravel racing »

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Le gravel racing a considérablement évolué ces dernières années. Les parcours sont de plus en plus rapides et techniques, tandis que les pneus ne cessent de gagner en largeur. Avec le Kanzo Fast 2.0, Ridley combine aérodynamisme, géométrie résolument orientée compétition et dégagement pour des pneus allant jusqu’à 58 mm au sein d’une même plateforme. Mais comment développe-t-on un vélo comme celui-ci ? Et quels choix se cachent derrière sa conception ? Pieter Potters, Head of Product chez Belgian Cycling Factory, nous explique le développement de ce nouveau gravel racer.


À première vue, le nouveau Kanzo Fast 2.0 semble être un vélo complètement différent du Kanzo Fast original. Quelle est l’origine de cette conception ?

Le Kanzo Fast 2.0 s’appuie sur tout ce que nous avons appris ces dernières années avec nos autres plateformes gravel. L’ASTR RS, en particulier, nous a apporté énormément d’enseignements. Avec ce vélo, nous sommes déjà allés très loin dans l’utilisation de pneus larges et d’une géométrie gravel agressive. Nous avons testé des pneus allant jusqu’à 52 millimètres et nous avons progressivement constaté les avantages que cela apporte.

Avec le Kanzo Fast 2.0, nous voulions combiner cela avec le savoir-faire aérodynamique que nous avons développé chez Ridley dans le domaine du vélo de route. Le Noah Fast en est évidemment un exemple important. Les courses de gravel deviennent de plus en plus rapides et les vitesses moyennes continuent d’augmenter. L’aérodynamisme devient donc également de plus en plus pertinent en gravel.

Le défi consistait donc à ne pas considérer les pneus larges, la géométrie orientée compétition et l’aérodynamisme comme des éléments distincts, mais comme un ensemble cohérent.

Cette combinaison de pneus larges et d’aérodynamisme a également un impact sur la géométrie. Comment avez-vous abordé cet aspect ?

On ne peut pas simplement concevoir un vélo capable d’accueillir des pneus de 58 millimètres et laisser tout le reste inchangé. Un pneu plus large possède un diamètre plus important, ce qui modifie également le comportement du vélo.

C’est pourquoi nous sommes partis de la base de l’ASTR RS pour l’adapter davantage au Kanzo Fast. Le boîtier de pédalier est plus bas. Par rapport aux axes des roues, nous sommes cinq millimètres plus bas que sur l’ASTR RS. C’est assez important. Combiné aux pneus plus grands, cela donne une position plus basse et plus centrale sur le vélo. On est vraiment « dans » le vélo, ce qui apporte beaucoup de stabilité, surtout à haute vitesse.

Vous avez également modifié l’angle de tube de selle. Quelle était l’idée derrière ce choix ?


Un demi-degré peut sembler peu, mais c’est suffisant pour vous positionner légèrement plus au-dessus du boîtier de pédalier. Cela permet de pédaler plus efficacement et facilite l’adoption d’une position aérodynamique. C’est particulièrement important lors d’efforts longs et intenses.

Nous avons également adapté le déport de la fourche aux pneus plus larges. Avec un rayon de roue plus important, il faut veiller à ne pas rendre la direction trop lente. En corrigeant le déport de la fourche, nous avons pu conserver la vivacité de pilotage que l’on connaît sur l’ASTR RS.

Nous avons également réussi à conserver des bases courtes. Le Kanzo Fast entre ainsi facilement dans les virages et réagit rapidement aux changements de rythme. La combinaison d’un boîtier de pédalier plus bas, d’un angle de tube de selle plus fermé, d’un déport de fourche adapté et de bases courtes permet au Kanzo Fast 2.0 d’être à la fois stable et réactif.

Le Kanzo Fast original date de 2020. Quelle est l’ampleur de la différence avec cette première génération ?

Si vous placez le premier Kanzo Fast de 2020 à côté de ce vélo, vous voyez immédiatement à quel point le gravel a évolué. Il y a six ans, nous étions limités à des pneus d’environ 42 à 45 millimètres. Aujourd’hui, nous pouvons aller jusqu’à 58 millimètres. C’est énorme.

Mais lorsqu’on crée un vélo capable de s’aventurer sur beaucoup plus de terrains grâce à ces pneus plus larges, le reste du vélo doit suivre. Il faut adapter la géométrie, réfléchir à l’aérodynamisme et créer suffisamment de rigidité. Notre savoir-faire issu du vélo de route et du VTT se retrouve véritablement réuni ici.

Le Kanzo Fast 2.0 est-il donc encore une évolution du Kanzo Fast original ?

Pour nous, ce n’est pas simplement une nouvelle version de l’ancien Kanzo Fast. C’est une toute nouvelle interprétation de ce qu’un gravel racer doit être capable de faire aujourd’hui. Le dégagement pour les pneus passe de 42 à 58 millimètres et nous avons entièrement repensé la géométrie de course. Nous avons également fait de grands progrès en matière d’aérodynamisme. En réalité, nous nous sommes posé la question suivante : si nous devions concevoir aujourd’hui un nouveau Kanzo Fast à partir d’une feuille blanche, sans être limités par la génération précédente, à quoi ressemblerait-il ? C’est finalement ce vélo que nous avons créé.

58 millimètres, c’est extrêmement large pour un vélo de gravel destiné à la compétition. Est-ce surtout destiné aux courses les plus exigeantes ?

En réalité, cette capacité à monter des pneus larges est destinée à tout le monde. Une résistance au roulement réduite, davantage de confort et une bien meilleure protection contre les crevaisons sont des avantages dont tous les pratiquants du gravel peuvent profiter. Pour les coureurs, les pneus larges offrent en plus la possibilité de mieux réagir aux situations imprévues lorsqu’ils roulent en groupe ou dépassent d’autres concurrents.

Nous considérons de plus en plus le 50 millimètres comme une sorte de standard minimum pour la pratique moderne du gravel. Personnellement, je recommande à tout le monde de monter les pneus les plus larges possibles. J’ai moi-même commencé à rouler avec des pneus de VTT sur mon ASTR RS en février 2025. Depuis, je ne suis jamais revenu à des pneus plus étroits. Pour moi, cela en dit long. Je pense que l’avenir du gravel passe par davantage de volume.

58 mm isn’t a limitation; it’s freedom of choice.

Head of Product BCF
Mais les pneus plus larges génèrent également davantage de traînée aérodynamique. Comment concilier cela avec un vélo développé explicitement comme un gravel racer aérodynamique ?

Les pneus larges sont fantastiques en gravel, mais on ne peut pas ignorer leur impact aérodynamique. C’est pourquoi nous avons accordé énormément d’attention à l’aérodynamisme du cadre et de la fourche.

L’objectif n’était pas de maximiser un seul aspect, mais de créer la combinaison la plus rapide possible dans des conditions réelles. On peut par exemple construire un cadre extrêmement aérodynamique, mais si cela empêche de monter des pneus larges, on risque de perdre du temps sur un parcours gravel. C’est pourquoi nous avons travaillé sur ces deux aspects simultanément dès le début.

Quel rôle la soufflerie a-t-elle joué dans ce développement ?

Les résultats en soufflerie ont confirmé que nous étions sur la bonne voie. Avec les mêmes roues et les mêmes pneus, le Kanzo Fast 2.0 s’est révélé plus rapide que son prédécesseur lors des tests, aussi bien sans que avec un cycliste.

C’est important, car au final, nous ne cherchons pas à obtenir un beau chiffre aérodynamique sur le papier. Nous voulons un vélo qui soit plus rapide dans une véritable course de gravel.

Le Kanzo Fast 2.0 a clairement été développé en pensant à la compétition. Mais vous avez également ajouté des éléments pratiques, comme le rangement intégré. Pourquoi ?

Une course de gravel peut durer dix heures ou plus. Dans ce contexte, on ne veut pas seulement un vélo rapide, mais aussi un vélo qui permette d’emporter efficacement son équipement. C’est pourquoi nous avons notamment conçu le rangement interne de manière à maintenir le centre de gravité bas. Le dessus du cadre dispose également de points de fixation pour une sacoche de tube supérieur fournie avec le vélo. Le vélo dispose aussi d’un guide-chaîne intégré et peut être équipé d’un système de garde-boue spécifique.

Tout cela fait partie de la même philosophie : il ne suffit pas de pouvoir rouler vite, il faut aussi être préparé à tout ce qu’une longue course de gravel peut vous réserver.

Vous parlez d’un vélo qui doit être à la fois rapide et polyvalent. Était-ce un objectif dès le début du projet ?

Absolument. Nous ne voulions pas créer un vélo qui ne soit performant que sur un seul type de parcours gravel. Certaines courses se déroulent sur des pistes rapides et relativement plates, tandis que d’autres comportent des sections accidentées, des montées raides et des descentes techniques. Avec un dégagement de 58 millimètres, vous disposez d’une grande liberté pour adapter le vélo au terrain et à vos propres préférences.

Lorsque vous rassemblez tous ces éléments, quelle est pour vous l’essence du Kanzo Fast 2.0 ?

Pour moi, c’est l’évolution logique de ce que nous faisons chez Ridley dans le gravel depuis des années. Avec le Kanzo Adventure, nous avons appris à créer un vélo stable et capable d’évoluer sur des terrains exigeants. Avec l’ASTR RS, nous avons rendu ce concept plus agressif et plus incisif. Et maintenant, grâce à notre savoir-faire issu du vélo de route, nous y ajoutons l’aérodynamisme.

Le résultat est un vélo capable de s’adapter à une très grande variété de terrains. Des pistes gravel rapides aux sections plus accidentées. J’ai moi-même participé à la Traka avec ce vélo et, dans les descentes, on n’a jamais l’impression de devoir chercher une trajectoire précise. On peut choisir sa propre ligne.

Cela le rend intéressant pour la compétition, mais tout autant pour quelqu’un qui cherche simplement un gravel rapide en dehors de la compétition. Pour moi, tout ce que nous savons aujourd’hui sur le gravel racing se retrouve dans ce vélo. C’est le summum de ce que nous pouvons faire aujourd’hui en gravel.